
Pologne rêvée, imaginée, tant désirée. Des années déjà que je souhaitais y mettre les pieds sans trop savoir comment l’expliquer.
J’avais même souhaité dans le passé m’y expatrier à l’occasion d’un simili Erasmus proposé à Cracovie. Il m’aura pourtant fallu attendre vingt-six années (bien !) consommées pour enfin respirer l’air polonais. L’article sera probablement plus long qu’à l’accoutumée, étoffé, nourri de détails et de souvenirs que je ne souhaite oublier. Cet article, je le dédie à la mémoire d’Enzo, décédé dans des conditions tragiques il y a quelques années.
Du rêve à la réalité
J’ai, de tous temps, était animé par la culture Ultra. Ma mère nous emmenait déjà en Brigade Sud avec mon frère lorsque nous avions 4 et 2 ans. Un de mes premiers déplacements était à Gueugnon, en « D2 » comme on l’appelait à l’époque, j’avais alors cinq ans. C’est dans cette culture que j’ai baigné depuis mes plus tendres années. C’est à mes 16-17 ans que j’ai commencé à sérieusement m’investir dans le groupe, à préparer les tifos, à faire les déplacements.
Et tout aussi important, à rencontrer des copains que je n’aurais jamais pu me faire ailleurs qu’au stade. Parmi eux, Enzo.
Probablement un des types les plus gentils qu’il m’ait été donné de côtoyer. Un ultra, un vrai de vrai. Lui aussi avait connu le Ray, et nous n’étions pas si nombreux que cela à pouvoir s’en targuer. Il faisait ses propres drapeaux, en allant acheter des cannes à pêche à Décathlon pour que « ça passe au contrôle ». C’était aussi l’un des rares à s’intéresser à la culture ultra de manière plus globale, et notamment au Legia Warszawa. Et c’est tout naturellement que l’on a fini par mutuellement s’appeler « Legia » à chaque fois qu’on se croisait en tribune. On se racontait le tifo du week-end, les craquages incandescents des Nieznani Sprawcy. Enzo faisait partie de ces copains que tu ne vois qu’au stade mais que tu apprécies parfois plus que certains que tu vois tous les iours. Touiours heureux, il irradiait la tribune, arborant un large sourire tous les week-ends. Ce sourire, il m’a accompagné durant ce voyage.
Wisla Krakow – Resovia Rzeszów: une ambiance Champion’s League
Vous l’aurez compris, la Pologne était pour moi, un objectif de vie majeur. De par son Histoire, sa culture, la proéminence du catholicisme, ses groupes ultras, sa pudeur affichée, la Pologne a toujours nourri une espèce de fascination intérieure. Quand certains rêvent de Los Angeles ou de Pattaya, mon kiffe à moi c’était (et c’est toujours!) Cracovie, Varsovie, la Silésie, Wroclaw… Alors quand WizzAir a ouvert la ligne Nice – Cracovie, je n’ai pas hésité longtemps. Rendez-vous était pris avec mon destin le vendredi 10 février dernier. Après 2h30 de vol j’arrivais sous Cracovie enneigée. Je peux vous dire que le contraste entre la Côte d’Azur et la Voïvodie est saisissant. Il vaut mieux se mouiller nuque. Les quinze degrés de différence sont un rappel constant que vous êtes bien en Pologne. Après avoir retiré quelques zlotys pour payer le taxi, me voilà arrivé à l’AC Hotel by Marriott. On ne va pas se mentir, c’est le grand luxe. J’ai déjà eu l’occasion dans le passé de goûter aux joies de quelques 4 et 5 étoiles, et pourtant aucun ne lui arrive à la cheville. Qualité des services proposés, taille et confort de la chambre, accueil, tout y est. Mais plus important encore… on voit le Stadion Miejski im. Henryk Reyman depuis l’hôtel. Et ça, ça n’a pas de prix (ou presque, comptez environ 130 euros la nuit à cette période). Quel bonheur que de n’avoir à marcher que quelques dizaines de mètres avant de pouvoir arriver au stade.

Première chose marquante à l’arrivée au stade, la qualité des infrastructures, et notamment la boutique flambant neuve sous le stade. Le Stadion Miejski im. Henryk Reyman n’a rien à envier à certains stades de Ligue 2, voire de certains de Ligue 1. Malheureusement, lors de mon séjour (et jusque la fin de la saison), il est en rénovation. De fait, la moitié du stade est fermée, et seule une tribune latérale et la tribune ultra sont ouvertes. Les abonnés des deux autres tribunes se sont vus replacés dans la latérale. Assez compliqué donc de se procurer le précieux sésame pour assister à la rencontre puisque seules quelques centaines de places étaient mises en vente au grand public. Ma place m’a coûté 35 zlotys, soit environ 7 euros. Un prix dérisoire au vu de la qualité de la prestation des ultras locaux. Pour 25zl (+/- 5 euros), j’ai pu satisfaire mon appétit avec un pain fourré d’une Kielbasa, ainsi qu’une pinte. Le match est plaisant puisque le Wisla mène les débats dès la 16ème minute à la suite d’un malencontreux CSC de Seweryn, avant de doubler la mise par l’intermédiaire de Fernandez à la 36ème minute. Soyons honnêtes, ce n’est pas du grand football. Pas plus que ne peuvent l’être la plupart des matchs de Ligue 2 ici. Le jeu est haché, les combinaisons souvent foireuses, mais le foot… on n’en a rien à foutre. Ce qui compte, c’est les tribunes. Et de ce côté-là… c’est niveau Champion’s League.

Quelle ferveur. Quelle ambiance. On pourrait vite oublier qu’il s’agit d’une rencontre opposant le 10ème et le 18ème de seconde division dans un stade à moitié fermé. Pour m’être rendu au Vélodrome quelques jours plus tôt, les 65 000 supporters de l’Olympique de Marseille ont tout à apprendre des quelques 9000 braves du Wisla. Pas une minute ils n’ont arrêté de chanter, que ce soit dans le Kop ou en latérales, c’était impressionnant. De quoi rendre jaloux le supporter du Gym que je suis, quant à la ferveur affichée hors du Kop. Ici, les latérales ont leur rôle à jouer et le remplissent à la perfection. La Biala Gwiazda s’imposera 2-0 sans soucis.

Legia – Cracovia : une première (mais certainement pas une dernière) au Stadion Miejski Legii Warszawa
Fort de ces deux premiers jours passés à Cracovie, c’est avec étoiles plein les yeux que je me rends à Varsovie en… Flixbus. Pas moins de 4h30 de bus séparent les deux villes. J’aurais pu le faire en train ou en avion, mais que nenni. J’avais envie de voir la Pologne plus profonde, les campagnes, et de profiter des paysages enneigés.
Une fois arrivé sur place, direction l’Ibis Budget Warszawa Centrum. Autant vous le dire clairement, on est loin du Marriott à Cracovie. En même temps, pour 40 euros la nuit, je ne m’attendais pas à beaucoup mieux. Mais qu’importe la douche sale ou le matelas aussi dur qu’un chêne-empereur de la forêt de Bialowieza, ce qui compte là encore c’est que le stade est à 5 minutes à pieds de l’hôtel. Une fois les affaires déposées, direction le Stare Miasto. Et j’aime à vous dire que j’ai été… plus que surpris. On m’avait vendu une ville hideuse, grise, terne, ce n’est pas ce que j’ai vu. La ville est superbe, colorée, vivante. Une vraie claque dans la gueule. C’est encore plus impressionnant quand on sait que Varsovie a été rasée à près de 80% durant la seconde guerre mondiale. Les locaux se sont attelés à la reconstruire, tenez-vous bien, à l’identique. Véritable pied de nez aux allemands, la fierté et ténacité polonaises ont été mises à rude épreuve. Ils sont parvenus, à l’aide des plans de la ville, à la reconstruire telle qu’elle était avant la guerre. Artisans, architectes, artistes, lambdas, tous se sont battus pour conserver leur identité. Et c’est assez compliqué à retranscrire à l’écrit, mais une fois à Varsovie, on ressent le poids de l’Histoire.
Après une (brève) visite, direction Stolica. Je vais être honnête, je ne me suis pas cassé la tête. J’ai cherché sur Tripadvisor le meilleur restaurant proposant des plats polonais dans le Stare Miasto. Et j’aime à vous dire que je n’ai pas été déçu. Le cadre est idyllique. Les prix ne sont pas donnés pour la Pologne (comptez environ 50 à 60 euros par personne si vous n’êtes pas fâchés avec la nourriture), mais ça vaut mille fois le coup.

Pas le temps de flâner après cela, il est temps de rejoindre l’hôtel à nouveau. Le temps de charger le téléphone et de se préparer pour le match d’une vie. Je peux vous dire que je l’avais fantasmé… cela fait plus de dix ans que j’en rêvais. Après un rapide passage par la boutique officielle, je me fais le plaisir de me balader derrière la tribune des Nieznani Sprawey. À ma grande surprise, ces derniers vendaient du matos au grand public. J’en ai profité pour m’acheter une superbe écharpe « Hardcore Fans » et quelques sticks pas piqués des hannetons. Le stade met un peu de temps à se remplir.

C’est quelque chose qui m’a frappé durant les deux rencontres : le polonais est ponctuel. Il n’arrive pas en avance, et pas en retard. La moitié de la tribune ultra était vide à cinq minutes du coup d’envoi et pleine au coup de sifflet. C’est assez impressionnant. Que dire de l’ambiance ?

Assurément la plus belle à laquelle j’ai assisté de ma vie. Et pourtant, j’ai conscience qu’elle n’était pas dans les annales de ce stade mythique. Pas de craquage, un stade à moitié vide, on est loin des standards du Legia Warszawa. Et pourtant, on est devant tout ce qui peut se faire en France, assurément. La culture footballistique en Europe Centrale et en Europe de l’Est est bien différente de celle en Europe de l’Ouest…

Dans un match rocambolesque où le Legia se verra mené à deux reprises, les Legionisci parviennent à accrocher le point du match nul à la faveur d’un but de Pekhart à la 87ème minute. Mais là encore, le résultat est anecdotique. Ce qui restera ce sont les souvenirs à jamais gravés de cette première fois au Stadion Miejski Legii Warszawa. La joie partagée avec ma mère sur les deux buts des blancs et ce sentiment de rêve accompli.
Avant de rentrer à la Maïoun, dernier détour par Zapiecek pour goûter une dernière fois (avant la prochaine) des Pierogi et de la Vodka.
Pour aller plus loin je vous invite à regarder le VLOG dédié à ce voyage.