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Fiodor Dostoïevski – Les Nuits blanches

Que dire si ce n’est qu’il s’agit là de la nouvelle la plus chamboulante qu’il m’ait été donné de lire. Un esprit correctement établi ne peut ressortir indemne de ces quelques dizaines de pages. Comme souvent chez Dostoïevski, le personnage principal exècre sa condition, et préférerait sans doute la mort à l’ignominie que représenterait l’idée même d’avoir une quelconque estime de lui-même. Ce n’est ni par honneur ni par respect pour le choix de Nastenka qu’il se résigne à abandonner l’idée de poursuivre ses convoitises. Pas plus que par lâcheté. le narrateur préfère ainsi se complaire dans cette idée monstrueuse qu’il ne mérite pas l’amour. La lettre finale n’est par ailleurs pas tant écrite pour Nastenka mais davantage pour lui-même. Elle vient, comme la lame de la guillotine sur la nuque chaude du condamné, tirer un trait définitif à toute aspiration.

Cette nouvelle est une ode au sensible et aux sensibles. Plus qu’un amour fantasmé et déchu, nous assistons au fil du récit à la naissance et à la mort de l’espoir d’une vie. Non pas d’une vie meilleure mais d’une vie tout court. Peut-être est-ce la raison pour laquelle le nom du narrateur ne nous est pas divulgué. Par déférence pour cette âme mal-née.

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